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Danse
CANZONE FOR ORNELLA
de Raimund Hoghe
Dusseldorf
Création 2018

 

Mise en scène, chorégraphie, scénographie : Raimund Hoghe

Collaboration artistique : Luca Giacomo Schulte

Avec : Ornella Balestra, Raimund Hoghe, Luca Giacomo Schulte
 
Lumière : Raimund Hoghe, Amaury Seval

 

 
Cloître des Célestins
 
21H30
du 22 au 24 juillet 2018

Durée : 1H20

Réservation :
festival-avignon.com,  04 90 14 14 14,
et (sous réserve) 45mm avant le spectacle,
sur le lieu de la représentation
 
Production : Hoghe & Schulte GbR. Coproduction : Theater im Pumpenhaus Münster. Avec le soutien : du Ministère de la Culture et de la Science de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Kunststiftung NRW, Ville de Düsseldorf et pour la 72e édition du Festival d'Avignon : Goethe-Institut (Lyon). Avec l'aide : de La Ménagerie de verre (Paris) dans le cadre de Studiolab, agnès b".
 
"Écrivain puis dramaturge de Pina Bausch, Raimund Hoghe crée depuis plus de vingt-cinq ans une oeuvre chorégraphique alternant solo et pièces de groupe Sacre - The Rite of Spring, Swan Lake, Boléro Variations... – qui revisitent des monuments de l'histoire de la danse. Chacun de ses spectacles repose sur un fil ténu, un tissu de gestes, de formes et de mélodies, auquel il donne l'épaisseur de la mémoire.
Laissant la musique infuser dans les corps, ses rituels agissent et se diffusent dans un espace propice aux associations.
La première pièce de Raimund Hoghe programmée en France fut Verdi Prati en 1993 au Festival d'Avignon". ( )
"Avant de devenir dramaturge, puis chorégraphe, Raimund Hoghe écrivait des portraits de gens ( ) publiés dans le journal Die Zeit.
Cet art du portrait est resté central dans son travail chorégraphique, sous forme de solos adressés à des figures  ( ) ou à certains de ses interprètes de prédilection ( )
"( ) prennent la forme d'une «offrande musicale» où l'art des interprètes consiste en une présence attentive aux effets de la musique et du temps, aux résonances imaginaires d'une voix et d'une mélodie".

 

"Danseuse de Maurice Béjart, Ornella Balestra danse une pièce virtuose et joueuse que lui propose Raimund Hoghe.  Ornella Balestra – dont le parcours aux côtés de Maurice Béjart n'est plus à décrire – est une de ces danseuses qui incarnent au plus haut point le mélange d'intensité et de rêverie propre à la danse de Raimund Hoghe  ( ). Dans Canzone per Ornella, le chorégraphe entremêle pour sa danseuse les textes de Pier Paolo Pasolini et les musiques des pièces déjà traversées et celles qu'il reste à parcourir, jouant de sa capacité à jongler entre virtuosité et divertissement, présence sibylline et figure cinématographique."

 

 

 

La cour du Cloitre Célestins est remplie de monde, se sont vendus les derniers billets avant la représentation. Sur la scène dans l'ombre tandis que nous nous installons sur les gradins éclairés, la forme noire d'un petit homme âgé tenant quelque chose comme un transistor s'avérant être une boite remplie d'eau, marche pieds nus de long en large, divaguant sans but avec cet objet serré dans les mains à mi hauteur du corps, comme le font des personnes âgées un peu perdues dans le jardin ou la cour d'une maison de retraite. Ce ne sera pas un spectacle qui suivra, mais une sorte de performance artistique, sur un terrible ratage, un naufrage, couvert de musiques et de chants diffusés. Le naufrage de personnes autrefois connues et applaudies, tombées dans l'oubli et la décrépitude, n'ayant plus qu'un horizon limité comme ce lieu de pierres sous arcades, avec des plus ou moins âgés, plus ou moins décrépis, pour uniques compagnons de solitude.

Nous sommes, les plus de 50 ans, venus voir Ornella Ballestra dont le nom a bercé notre enfance, lorsqu'elle était première danseuse du grand Chorégraphe Maurice Béjart. La mise en scène n'accordera pas beaucoup l'occasion à la mythique danseuse étoile, pourtant toujours mince avec de la grâce et de l'allure, jambes et pieds musclés perchés sur de vertigineux talons noirs, habillée d'une robe de soirée noire, d'enlever à la fin ses talons, et d'entreprendre quelques vrais pas de danse classique, qui ont été ceux de toute sa vie.

Ces quelques figures de danse, de plus, exécutées pour nous faire penser, dépassées à notre époque. Raison pour laquelle la danse d'aujourd'hui, n'en garde que de courtes figures et s'inspirent surtout de mouvements issues de la vie ou d'objets, quotidiens, pour représenter des idées et des sentiments mimés et répétés, avec un résultat tenant aussi de l'acrobatie et du théâtre.

Il y aura divers et parfois beaux, poignants, morceaux de musiques et chansons, parfois un peu ridicules, comme un chant latino impromptu, qui décide la danseuse étoile figée jusqu'alors, n'ayant bougé que ses mains, suffisamment il est vrai pour évoquer le vol lent d'un oiseau, nous faire imaginer toute la beauté que peut avoir la danse suivant qui l'incarne, à bouger tout son corps, entamant des mouvements sur cette danse rythmée, désuète et aussi ordinaire. En accord avec le coté déchu et ringard assumé des précédentes scènes, ou le petit homme agissant comme un valet auprès d'elle, à endossé après lui avoir proposé les siennes, des lunettes de soleil qu'ils ont portés tous les d'eux, pour un bain de soleil sous la lune, assis loin l'un de l'autre, la grande dame en noir emmitouflé d'un châle. Le petit homme qui s'était alors déguisé en femme, s'est mis ensuite à esquisser de dos des pas de danse, ce qui était terriblement pathétique et ridicule. Comme pour décider la grande dame à faire ce qu'on attendait d'elle, qui a fait sa réputation prestigieuse. C'est à la suite de cela, que la dame s'est mise pieds nus, robe relevée, s'élançant vraiment sur la piste, pour quelques courtes pirouettes trop rapidement arrêtées, sur l'angle d'une des colonne de pierres des arcades.

On pourrait comparer la pièce à une improvisation, une performance dans le sens utilisé dans l'art contemporain (c'est à dire un tableau vivant, fait de choses infimes, plus ou moins spectaculaire, préétablies ou improvisées à partir d'un schéma, et variant au cours de la séance). Nous nous sommes ennuyés, dévastés de chagrin qui émane de cette représentation, d'un homme lourdement handicapé et de cette grande danseuse âgée inemployée. Lorsque cet homme s'est accroupi, plus petit encore, pour lire avec un accent Allemand avec une voix un peu ânonnée et sérieuse, la lettre d'une dame en détresse, appelant à l'aide pour son peuple (d'Afrique je crois) affamé et sans ressource, c'est l'Occident qui lit, face au tiers monde dont il se déclare, sans le dire, impuissant.
C'est un spectacle, je trouve, mal inspiré (ndlr : par une Madame Clochard agent secret issue des gens du voyage ?), au seul moment beau des mouvements évoquant l'envol d'un oiseau, fait par la gracieuse Ornella Ballestra, avec ses mains, au début de la représentation, juchée sur ses talons presque sans bouger, suffisant à donner à voir un  moment assez unique et beau, de danse immobile. Pour assurer une bouffée d'oxygène, faible pourtant à part cet envol, arrive en scène un peu avant la fin, un homme un peu plus jeune, qui a l'air à peu prés normal, là pour accorder à la danseuse, comme une dernière danse avec la vie de sa jeunesse (ndlr : idée de Madame C).. Homme qui, pour ne pas trop dépareiller (selon ce mauvais scénario), avec l'autre Monsieur, est habillé d'un short et de hautes chaussettes, pour lui donner un air ridicule, une allure de grand enfant.
 
Tout ceci, explique que, lorsqu'arrive la vrai fin du spectacle, préfigurée une demi heure avant par les comédiens qui s'avancent pour un salut ne venant pas, plusieurs fois sans succès, jusqu'à ce que soient diffusés des applaudissements enregistrés, malgré l'humour de cette mise en scène de leur défaite assumée, les gens huent et cris "remboursez !". Tandis que d'autres tout de même, applaudissent, ce qu'on peut appeler le courage des comédiens à assumer une heure trente de spectacle comme ils ont pus, et surtout, celui de la grande dame historique venue là se perdre.
Il n'y aura eu que la lune au dessus du Cloître à quoi se raccrocher, ce dernier jour du Festival, quelques moments musicaux, quelques gestes gracieux de danse, par la dame aux cheveux jaunes flamboyants toujours élancée qu'on est heureux d'avoir vu sur la piste pour quelques figures de danse...
Le "remboursez !" est justifié par le fait d'être venu, sans être prévenu de ce qu'on allait voir, qui avait  peu à voir avec le programme annoncé, de faits, quasiment rien pendant une heure trente de théorique spectacle, de nous imposer la triste présence de l'homme premier, et de nous avoir indument  invoquer un spectacle de danse.
 
Pourtant si on veut défendre le spectacle, tout ce qui en est dit sur cette critique, dénote de la parfaite réussite du metteur en scène et sa comédienne, pour exprimer exactement ce dont ils souhaitaient parler (selon leur thème de travail habituel, si on l'étudie), avec les emblèmes pour le représenter, comme d'arrêter un pas de danse sur l'angle d'une pierre pour figurer la fin d'un rêve l'âge venant, ou de ne pas être applaudi...

mardi 24 juillet 2018

 

 

(les textes sur les pièces, pendant la durée du Festival, sont susceptibles de légers changements)