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Théâtre
PAS PLEURER
de Lydie Salvayre, Denis Laujol
 
Cie Ad Hominem,
Théâtre de Poche de Bruxelles, La Charge du Rhinoceros
 
Adapté du roman de  : Lydie Salvayre
Adaptation et mise en scène : Denis Laujol
Assistant : Julien Jaillot
Scénographie : Olivier Wiame
 
Avec : Marie-Aurore d'Awans
 
Création sonore : Malena Sardi
Musicienne : Malena Sardi
Mouvement : Claire Picard
Lumières : Xavier Lauwers
Voix off : Alexandre Trock
Création vidéo : Lionel Ravira
Théâtre des Doms
Escalers St Anne, La Manutention (prés d'Utopia Cinéma)
 
du 6 an 24 -relâches les 11, 18-
2018
Durée : 1H15
 
Réservation : 04 90 14 07 99

 

Une coproduction de Ad Hominem, du Théâtre de Poche et de la Charge du Rhinocéros.
Réalisé avec l’aide de la Fédération Wallonie - Bruxelles – Service du Théâtre. Avec l’aide du Théâtre des Doms.
Pas Pleurer (prix Goncourt 2014) est édité aux Editions du Seuil / Editions Points.
Marie-Aurore d’Awans a reçu le Prix du Meilleur espoir féminin aux Prix de la Critique belge 2017.

 

"Adaptation rock'n roll du roman "Pas Pleurer" de Lydie Salvayre (Prix Goncourt 2014). Un récit intense sur la guerre d’Espagne dont s’empare la comédienne Marie-Aurore d’Awans (saluée par les Prix de la Critique belge 2017) et la musicienne Malena Sardi. Leur dialogue résonne magnifiquement avec le roman. Un hymne à la résistance, à la liberté. Il s'agit du récit par Lydie Salvayre, de l’histoire de sa mère Montserrat, - dite Montse -, plongée dans la guerre civile espagnole, à l'été 1936. Montse, qui avait quinze ans à l'époque, en a aujourd’hui nonante. Elle est en proie à de gros troubles de mémoire, et a tout oublié de sa vie, excepté cette courte période. «Pas Pleurer», c'est l'injonction que répète Montse à sa petite fille serrée contre elle, sous les bombardements fascistes et dans le dénuement le plus total, alors qu'elle fuit son pays, l'Espagne, qui tombe aux mains des franquistes. «Pas Pleurer», c'est aussi ce que nous dit Lydie Salvayre, alors que nous avons toutes les raisons de pleurer devant la bêtise humaine, aujourd’hui comme hier. Ne pas baisser les bras. Ne pas avoir peur."

 

 

 

C'est une jeune fille assez grande habillée en noir qui raconte nous dit elle, l'histoire de sa mère enfant. Sa mère âgée maintenant dont elle s'occupe, qu'elle aide à marcher, a été une jeune fille alerte qui courait monter au village les jours de fête. Dans son Espagne natale dont elle n'a pas perdu l'accent, et alors qu'elle n'a pas complètement intégré sa seconde langue d'adoption, le Français. Agée, dans son cœur elle est resté la jeune fille qu'elle était; alors que sa vie devenait importante, riche de rencontres et de changements radicaux.
A 16 ans pour gagner un peu d'argent, Montse à envisager de se faire engager comme bonne chez des personnes fortunées de l'Espagne d'avant la révolution, en 1936. C'était l'époque des très riches et très pauvres, sans  intervalles, où le pauvre, l'employé, était exploité, pas considéré. Lorsque le futur employeur riche patron, dit d'elle, à à la fin de l'entretien d'embauche auprès d'un intendant : "elle a l'air...bien modeste !', si elle n'a rien dit et a sourit à l'homme même, par politesse comme il se doit, elle bouillait intérieurement de cette insulte montrant ce qu'il pensait d'elle : qu'elle serait obéissante à tout, sans jamais discuter, se ferait exploiter sans broncher et sans droits, comme d'usage alors. Elle remercia, puis hors de vue de ces gens, explosa, et se jura que si possible elle n'irait jamais s'employer là.
Alors elle tenta de rejoindre son frère dans une autre ville, qui animait la révolution se préparant pour plus d'égalité, de liberté, de possibilité de faire grève, d'égalité en particulier pour les femmes qui ne pouvaient voter, disposer d'un compte en banque...
Montse au bal rencontre un amant d'une nuit, qui se fait tuer à la guerre où il part dés le lendemain. Dans le déshonneur elle doit s'enfuir son bébé dans les bras, sur les routes d'Espagne, à pieds vers la France le pays de la liberté. Elle espère y retrouver son frère qui a du partir récemment car résistant, quand la guerre a commencé. Sous les bombes qui éclatent, les chemins caillouteux, elle porte son enfant et lui a dit souvent "pas pleurer", honteuse de lui faire subir cette épreuve, cherchant a rester en vie pour lui. L'enfant, c'est la jeune fille (son rôle). Le bébé et la mère ont survécues, Montse a pu gagner la France.
 
"Pas pleurer" est une pièce forte, qui apprends cette histoire méconnue de la guerre civile Espagnole (un mai 68 en beaucoup plus important, dit une dame du public, qui a lu le roman dont est tirée la pièce : "trois ans de guerre où des gens mouraient sous les bombes, mais aussi trois ans de chamboulement total pour la population ouvrière ou employé, niée jusque là. Un printemps Espagnol qui a pris fin après ces trois ans, quand Franco a repris le pouvoir. Cette période à vu beaucoup de gens s'expatrier, par ce que c'était possible, ou nécessité lié à la guerre"). C'est 'histoire du soulèvement du petit peuple contre l'opprimant, contre la suprématie d'un milieu. Une bataille pour obtenir des droits en contrepartie de son travail, droit de disposer de soi-même, droit d'égalité des chances, de traitement d'un employé, du respect mutuel qui doit exister entre êtres humains.
 
La comédienne joue ce rôle comme si elle en était l'héroïne, l'air jeune les cheveux attachés, beaucoup plus âgé, une mèche grise au milieu lorsqu'elle les dénouent; on peut alors imaginer la jeune femme de l'histoire.
Marie-Aurore d'Awans ensuite se métamorphose, pour des chants et danses rock électriques qui complètent l'histoire, et  les tableaux de taches colorés en fond de scène vidéo, pendant le récit. Elle s'enflamme, en transe exécute des pas de danse sur la musique, vit son rôle à fond, pouvant illustrer la révolte de sa mère pendant cette révolution, où bien sa fille, découvrant ce passé, les injustices subies par sa mère. Ces chants, présents surtout dans la seconde partie, font comme un second récit pour raconter les sentiments nés de cette situation, détaillent le caractère des personnages, y ajoutent un contexte. Ils sont aussi, comme le clip d'une chanson qui se précise, car la jeune femme dés le début est micro en main, son récit peut être perçu alors, comme un slam déguisé d'avant musique.
 
Il en ressort une question de dignité qui a toujours été importante pour ce peuple, la nécessité de l'exil, la question du mépris et du respect de l'autre, lorsqu'on se met à la place de l'autre, "Elle a l'air bien modeste" pourrait bien être une phrase citée en exemple, d'un mépris ou d'un racisme, sur la simple idée qu'on peut se faire d'une personne, quand on la pense inférieure (intellectuellement ou par la fortune).
Cette pièce-clip, illustre la révolte justifiée d'une mère qui raconte à sa fille, la révolte de son milieu opprimé parce que pauvre, par des riches qui en plus d'en être la cause (directement, de plus s'ils interdisent la possibilité d'émancipation, ce qui est la raison de cette guerre civile), les méprisent. Une histoire qui a l'accent de la vérité, raconte l'exil forcé, quand on doit fuir de son pays en guerre, sans argent, avec ses seules forces et moyens. Important à avoir vu pour savoir quoi répondre, si quelqu'un se voit qualifier d'un "rentrez chez vous !".
Je ne souhaitais pas au départ voir cette pièce car je ne me sentais pas concerné, plutôt de l'autre coté de la barrière. J'y suis allé pour en apprendre plus, sur cette guerre civile espagnole dont on parle peu. Je n'ai pas été déçu. J'ai apprécié ce récit, très descriptif, d'un monde passé, de vie quotidienne, du sentiment des gens dans ce pays. Un récit bien rendu, retransmis, à tel point qu'on pense que cette jeune femme ci, est le personnage.
 
A la fin la comédienne qui s'exprime sur la pièce qu'elle vient de jouer, ajoute que son amour du théâtre n'est pas le seul, qu'elle a une une conscience morale et citoyenne l'amenant à penser qu'il est nécessaire de faire profiter de sa notoriété, si peu qu'on en ait, ceux qui en ont besoin, qui sont "sans voix" pour se faire entendre, comme les personnes exilées, comme l'à été sa propre famille aussi.
Marie-Aurore d'Awans dit être touchée par le sort des migrants, qui quand ils réchappent des bateaux  parfois coulant en mer, vivent de terribles parcours, démunis, sans argent. Aussi elle a crée l'association deux euros cinquante, qui sollicite les dons. 2E50 permettent de nourrir une personne pendant un jour, des parrainages d'enfants sont possibles. Une boite devant la billetterie du théâtre reçoit les dons; même un peu, moins que ça, est déjà un pas qui permet d'avancer, de nourrir des êtres humains. Sur internet, lieu principal de possibilité de dons, il est possible de faire un virement à l'association, même si ce n'est que pour donner un euro. Ces dons sont déductibles des impôts. Voila une belle et rare initiative qu'il faut saluer, et encourager concrètement.

15 juillet 2018