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Théâtre, à partir de 14 ans
Voilées
d'Amélie Poirier
Les Nouveaux Ballets du Nord-Pas de Calais
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1ére à Avignon
 
Metteur en scène : Amélie Poirier
Assistante mise en scène : Lyly Chartiez-Mignauw
Interprètes : Jessie-Lou Lamy-Chappuis, Anne Lepère, Amélie Poirier, Audrey Robin
 
 
 13 rue du Pont Trouca
(donne rue Thiers, rue Guillaume Puy)  
 
10H30
 
6 au 29 juillet
(relâche les, 9, 16, 23) 
 juillet 2018
 
Durée : 1H05
 
Réservation : 04 32 74 18 54
09 66 97 18 54

         

Production : Les Nouveaux Ballets du Nord-Pas de Calais. Co-productions : Le Théâtre des Ilets / CDN de Montluçon-Auvergne, la Comédie de Béthune / CDN Hauts-de-France, le dispositif Happynest du Collectif Superamas. Soutiens : la DRAC et la Région Hauts-de-France, le Théâtre du Nord / CDN Lille-Tourcoing dans le cadre du dispositif de recherche "Un pas de côté" de la DRAC, la Maison de la Culture d'Amiens, le Vivat : Scène Conventionnée Théâtre et Danse d'Armentières et l'ADAMI. Amélie Poirier est artiste associée aux Nouveaux Ballets du Nord-Pas de Calais basés à Lille. La compagnie produit des spectacle interdisciplinaires, mène des actions sur différents territoires et accompagne des artistes à leurs premières créations à travers une plateforme nommée : le Junior Ballet

   

 

"Amélie Poirier est née dans une famille de brodeurs et de brodeuses du Nord de la France. Il paraît que son arrière-arrière-grand-père est parti en Algérie au début du XXème siècle pour commercer. Dans sa mythologie familiale et de part cet artisanat, il y a donc des allers-retours incessants entre ce village du Nord de la France et le Maghreb. La broderie confectionnée servait aux voiles musulmans mais également aux draps du trousseau, aux vêtements de baptêmes, aux robes et aux voiles de mariées, des tissus bien souvent liés aux croyances. Parce que les souvenirs sont parfois confus et troubles et les familles silencieuses, Amélie Poirier part à la recherche de cet héritage textile en croisant ce cheminement avec des femmes croyantes de sa génération. A travers la présence de tissus sur scène, «Voilées» est un dialogue interreligieux qui fait se rencontrer les témoignages de quatre femmes de croyances différentes. Ces textes quasi documentaires voyagent entre une créatrice sonore, une manipulatrice de lumières, une comédienne et une danseuse qui manipule des tissus brodés en provenance de ce village du Nord de la France. «Voilées» invite à remettre en question notre propre manière de regarder et à re-penser des problématiques telles que la laïcité et la place de la spiritualité dans notre monde post-attentats". "Le nom de la compagnie est un jeu de mot, une extrapolation sur un savoir faire ancestral"

 

 

 

Voilées semblent en fait parler d'abord du genre, selon un des thèmes choisi dans le Festival In par Olivier Py son directeur. Il transpire du spectacle être fait par des femmes, sans que l'amour des hommes qu'ont les femmes généralement, ne soit exprimé. Et cela manque, comme quelque chose de bancal par rapport à cette hyperféminité ambiante. Ce que n'inverse pas le geste de l'une d'elle, qui par la danse, nous montre étonnamment son intimité sur le devant de la scène, d'un mouvement, à l'envers de jambes en l'air face au public, curieusement (conseil de scénographie suggéré par des agents perturbateurs on pourrait le penser). Même impression d'entre soi pour soi, dans le défilé de mode offert par ces brodeuses, avec quelque chose d'agressif comme pour un défilé gay pride (voila qui devrait plaire à Utopia non loin, en version hommes). La jeune femme à longs cheveux blonds, grande marionnette de chiffons, baba cool en pull à col roulé orangé et pantalon marron, qui évoque sans paroles, sans doute la figure de la mère de l'héroïne racontant son histoire et celle de sa famille, à l'air d'avoir été elle, une femme qui aimait les hommes, avec le doux espoir de faire continuer notre planète, une fleur cachée derrière l'oreille. Pourtant elle semble mal aimée, d'abord remisée au placard sur un coté, elle n'aura que peu de temps une place dans un fauteuil, interviewée, avant d'être ligotée pour être donnée à ranger comme marionnette sous forme de balluchon, qui ressemble alors à la cigogne bébé dans un mouchoir noué en guise de couffin, des contes.
La scène carré, vide au centre, tout se joue sur les cotés, dans un rangement maniaque, sans élément de décor, tandis qu'à la fin de la pièce, de petits ventilateurs envahissent l'espace, mêlés aux machines à coudre, et cartons d'expéditions de la petite entreprise de broderie, de Villers-Outreaux dans le Nord, dont est tirée l'histoire. Car cette entreprise est à la famille de la comédienne, qui a voulu dit-elle, parler de ce savoir en péril, plusieurs fois se recyclant, pour perdurer. De la broderies classique aux soutiens-gorges, pour arriver d'un savoir plutôt utilisé dans la chrétienté, à celui des voiles utilisées par des musulmanes, et la réalisations de différents tissus. L'héroïne dit avoir eu l'envie et la curiosité de rassembler ce qu'il y a de commun à ces religions et ces pratiques, afin que ce qui crée discorde, soit apaisé, en mettant à jour des similitudes de sens et de raisons, et surtout faire comprendre aux chrétiens le désir du voile de certaines musulmanes (tandis que ce voile avait été abandonné par les parents de celles qui le mettent aujourd'hui). Ce spectacle donc est fait pour rassembler officiellement. "Voilées", pourrait aussi évoquer un besoin impérieux de nous dire de façon voilée quelque chose. De même que le voile se mettait sur la tête des personnes allant au confessionnal dans la religion chrétienne, pour avouer leur péchés, quand l'église remplaçait le psy, ou jusqu'au début du 20éme siècle, quand l'église était une loi (l'état), comme elle l'est encore pour des femmes musulmanes de pays conservateurs.
 
Concrètement le spectacle est fait de témoignages, dits par la comédienne ou par diffusion sonore, de femmes qui parlent de leur rapport à la religion et au voile. De religions différentes, des question leurs sont posées, afin qu'elles expliquent si elles sont croyantes, si elles osent ou non le dire, la place de Dieu pour elles, comment elles manifestent leur foi, et si elles ont une autre forme de croyance si elles ne croient pas en Dieu (ndlr : la comédienne enregistre parfois des gens pour ce spectacle, dont en stop, ce qui n'est pas valide en terme d'autorisation, même en cas de réinterprétation). Le résultat, monté de ces interviews et enregistrements est dit (sauf à la fin où il est diffusé) par la comédienne, dont la voix est amplifiée comme par un micro qu'on ne voit pas.
C'est une petite voix très sérieuse, qui hésite sur les mots, avec les accents précieux des années 70  modernisé sur celui des années 60. Cette voix revient sur les mots, imitant le tempo d'une vrai interview pour laquelle où on cherche ses mots. Cet effort pour parler de choses que des interviewées trouvent un peu ridicule sur la foi ou non, avec cette voix un peu ridicule aussi, devient légèrement exaspérant. Paraissant la voix de très jeunes esprits, pas encore dans la vie avec charges d'enfants, mari, travail, paraissant telle, celles de personnes fumant des pétards comme ils en existaient, persuadées de philosopher est d'être dans le vrai de la vie (ce qui l'était pour une part d'ailleurs, en ce qui concerne un  sens de l'écologie à protéger, le gout de la liberté et de l'indépendance dans le respect de l'autre). A la place de "voilées" on pourrait peut être choisir celui d'"évaporées", qui conviendrait à la voix gênée et apprêtée portant ces témoignages, en gâchant leurs particularités, même leurs sens, à moins que ce ne soit voulu pour porter en ridicule toute foi. En tout les cas c'est un avis personnel. 
 
Le sujet est intéressant, et les témoignages sans doute aussi, traités autrement, pour brosser un portrait actuel de jeunes et de plus âgés, sur la question du voile (qui ne devrait pas poser problème), de la croyance en général, de ce qui crée un apaisement dans la vie, du vivre ensemble d'humains qui portent des signes distinctifs dans leur habillement, de la réhabilitation du savoir textile.

Juillet 2018